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Le Bon Composteur
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Utiliser le lombricompost et le thé de vers

Le lombricompost ne s'emploie pas comme un compost de jardin. Il est nettement plus concentré, on en récolte peu, et l'erreur la plus courante consiste à en mettre trop — un rempotage dans du lombricompost pur fait jaunir la plante en quinze jours.

Mis à jour le 24 août 2026Notre méthode

Un produit concentré, pas un compost en petite quantité

C’est la clé de tout ce qui suit. Le lombricompost n’est pas « du compost dont on récolte moins » : c’est un produit différent, obtenu par digestion et non par fermentation, beaucoup plus riche en flore microbienne et en éléments directement assimilables.

Trois conséquences pratiques :

  • Les doses n’ont rien à voir. Là où un compost de jardin s’épand à 3 à 5 litres par m², le lombricompost s’emploie en poignées.
  • Il ne se dilue pas dans le sol de la même manière. Utilisé pur en pot, il se tasse, retient l’eau et asphyxie les racines.
  • Sa valeur est autant biologique que nutritive. Ce qu’il apporte de plus intéressant, ce sont les micro-organismes qui rendent les éléments du sol disponibles — d’où l’intérêt de l’employer frais plutôt que stocké deux ans.

Une conséquence à accepter d’emblée : quelques litres par récolte ne nourriront pas un potager. Si c’est votre objectif, c’est un composteur de jardin qu’il vous faut, comme l’explique composteur ou lombricomposteur.

Les dosages, usage par usage

UsageProportion ou doseFréquence
Rempotage, plantes d’intérieur20 à 30 % du volume de substratÀ chaque rempotage
Entretien des plantes en pot1 cm en surface, griffé2 à 3 fois par an
Jardinières et balconnières20 à 30 % du substratÀ la plantation
Potager, à la plantationUne poignée au fond du trou, mêlée à la terreÀ chaque plant
Potager, en surface1 à 2 L/m², griffé dans les premiers centimètres1 fois par an
Semis10 à 20 % maximum, ou rienÀ la préparation du terreau
Gazon en réparationFine couche sur les zones dégarniesAu printemps

La règle générale, si vous ne devez en retenir qu’une : jamais plus d’un tiers du volume, et souvent beaucoup moins. Le lombricompost complète un substrat, il ne le remplace pas.

Ce n’est pas de la prudence, c’est mesuré. Une étude a comparé des dosages croissants sur des fleurs, des légumes et des fruits, en serre et en plein champ : ce sont les doses les plus faibles qui donnent les meilleurs rendements. Le lombricompost pur fait moins bien qu’un mélange à 20-40 %, et l’effet reste visible à 5 % du substrat. En mettre plus ne donne pas plus — en mettre plus donne moins.

Pour les plantes en pot déjà installées, la méthode la plus simple consiste à gratter le premier centimètre de terre, y déposer une fine couche de lombricompost, puis arroser. Les nutriments descendent progressivement à chaque arrosage : c’est un apport lent, régulier et sans risque de brûlure.

Deux raisons de ne jamais l’employer pur, qu’on ne lit nulle part

On explique en général qu’un lombricompost pur asphyxie les racines parce qu’il se tasse et retient l’eau. C’est vrai, mais ce n’est pas la seule raison, ni la plus insidieuse.

Il est souvent alcalin. Les déjections de vers atteignent fréquemment un pH de 8 ou plus. Sur la plupart des plantes, sans conséquence. Sur une plante de terre de bruyère — azalée, rhododendron, camélia, myrtille, bruyère, hortensia qu’on veut garder bleu —, c’est exactement le contraire de ce qu’il lui faut. Pour celles-là, restez sous 10 % du substrat, ou passez votre tour.

Il est salé. La décomposition libère azote, phosphore, potassium et calcium, qui se recombinent en sels minéraux. À forte concentration, ces sels freinent la croissance au lieu de la stimuler — c’est l’explication la plus probable des résultats d’Edwards et Arancon cités plus haut. Diluer n’est donc pas une précaution : c’est ce qui rend le produit efficace.

Le percolat, et ce qu’on appelle abusivement thé de vers

Le liquide récupéré au robinet du lombricomposteur est un percolat : l’eau contenue dans les déchets, chargée en éléments solubles au passage dans les plateaux. Le vrai « thé de vers » est autre chose — une préparation obtenue en faisant infuser du lombricompost dans de l’eau aérée pendant 24 heures, ce que presque personne ne fait à la maison.

L’usage du percolat en trois points :

  1. Diluez à 1 pour 10, soit environ un verre pour un arrosoir de 5 litres. Pur, il est trop concentré et peut brûler les racines fines.
  2. Utilisez-le rapidement, dans les jours qui suivent la récupération. Stocké, il devient anaérobie.
  3. Arrosez sur terre déjà humide, jamais sur un substrat sec, et de préférence le soir.

Un critère de tri simple : l’odeur. Un percolat sain sent la terre humide et le sous-bois. S’il sent l’égout ou l’aigre, ne l’utilisez pas — il indique un bac trop humide et trop chargé, et il apporterait au sol une flore anaérobie dont vos plantes n’ont pas besoin. Le geste correctif est dans que mettre dans un lombricomposteur : plus de carton, moins d’apports pendant une à deux semaines.

Vérifier que le lombricompost est mûr

Un lombricompost récolté trop tôt continue de se décomposer, ce qui consomme de l’oxygène et de l’azote au détriment des racines. En pot, l’effet est rapide et visible : feuillage qui jaunit, croissance à l’arrêt.

Deux contrôles suffisent.

L’aspect et l’odeur. Noir, fin, homogène, texture de marc de café humide, odeur de sous-bois. Aucun déchet reconnaissable hormis des fragments de coquilles d’œufs et de carton.

Le test du cresson, pour les usages délicats. Semez une vingtaine de graines dans un pot rempli de votre lombricompost dilué à moitié dans du terreau, et autant dans du terreau seul. Si la germination est comparable après dix jours, il est mûr. Si les plantules sont chétives ou jaunes, il ne l’est pas : laissez-le reposer un mois de plus, à l’air, dans un seau non hermétique.

Le moment où un plateau est réellement prêt, et la façon de le récolter sans y laisser la moitié de la population, sont détaillés dans récolter le lombricompost au bon moment.

Le conserver sans le tuer

Le lombricompost est vivant. Sa valeur tient en grande partie à sa flore microbienne, et cette flore se conserve mal dans les deux extrêmes.

  • Trop sec : la vie microbienne s’éteint, il ne reste qu’une poudre inerte qui apporte quelques minéraux et rien d’autre.
  • Trop humide et enfermé : le milieu devient anaérobie, il sent mauvais et perd tout intérêt.

Le bon compromis : un seau ou un sac non hermétique, à l’ombre, hors gel, avec une matière légèrement humide au toucher — comme une éponge essorée. Utilisez-le dans l’année.

Un détail utile : il contient presque toujours des cocons de vers, invisibles à l’œil non exercé. Épandu au jardin, cela n’a aucune importance. Dans une jardinière de balcon, quelques vers peuvent apparaître : ils sont inoffensifs et repartiront d’eux-mêmes si le milieu ne leur convient pas.

Les erreurs qui reviennent le plus souvent

Rempoter dans du lombricompost pur. C’est l’erreur numéro un, et elle vient d’une bonne intention : puisque c’est excellent, autant en mettre partout. Le résultat est un substrat trop compact, trop rétenteur et trop salé, dans lequel les racines s’asphyxient et la croissance cale.

En donner à une plante de terre de bruyère. Le lombricompost est fréquemment à pH 8 ou plus. C’est l’inverse de ce que demandent azalées, rhododendrons, camélias et myrtilles.

En mettre sur les semis. Un semis veut un substrat pauvre. La richesse fait filer les plantules et favorise la fonte des semis.

Utiliser le percolat pur. Trop concentré, il brûle les racines fines des plantes en pot.

L’employer comme un paillage. Le lombricompost est fin et se compacte en croûte au soleil. Utilisez du compost classique ou de la matière grossière pour pailler, et gardez le lombricompost pour l’incorporation.

L’oublier au fond du cellier pendant deux ans. Il perd progressivement ce qui fait sa valeur. Un apport modeste et frais vaut mieux qu’un stock ancien.

Pour tout ce qui concerne les apports en pleine terre — quantités, calendrier par culture, façon d’incorporer —, les repères sont les mêmes que pour un compost classique, à ceci près que les doses sont divisées : voir quand mettre du compost au potager et le calculateur de dosage.

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