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Le Bon Composteur
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Que mettre dans un lombricomposteur

Un lombricomposteur ne rate presque jamais à cause de ce qu'on y met, mais à cause des quantités et du rythme. Les vers mangent peu au début, il leur faut du carbone en permanence, et une poignée d'agrumes de trop suffit à faire basculer un bac équilibré.

Mis à jour le 24 août 2026Notre méthode

Ce que les vers mangent volontiers

Les vers de compost — des Eisenia, pas des vers de terre de jardin — consomment de la matière végétale en cours de décomposition. Ils ne mordent pas : ils aspirent ce que les bactéries ont déjà ramolli. Tout ce qui suit leur convient parfaitement.

  • Épluchures de fruits et légumes crus — c’est la base de leur alimentation. Pomme, poire, carotte, courgette, salade, concombre, banane.
  • Marc de café et filtres papier — apport très apprécié, mais qui compte comme matière verte malgré sa couleur. Pas plus d’un quart du volume total.
  • Sachets de thé et infusions, à condition de retirer l’agrafe et de vérifier que le sachet n’est pas en nylon.
  • Coquilles d’œufs finement broyées — elles ne se décomposent pas mais corrigent l’acidité et aident la digestion des vers. Écrasez-les vraiment, sinon vous les retrouverez intactes.
  • Carton brun déchiré, rouleaux de papier toilette, boîtes d’œufs — indispensables, voir plus bas.
  • Papier non glacé froissé, essuie-tout usagé, journaux à encre végétale.
  • Fleurs fanées et feuilles de plantes d’intérieur, non traitées.
  • Pain sec en très petite quantité, humidifié et enfoui.

Un principe général : plus c’est mou, plus ça part vite. Une salade flétrie disparaît en trois jours, une écorce de courge met un mois.

Ce qui tue les vers ou les fait fuir

Cette liste est plus stricte que celle d’un composteur classique, et c’est la principale source d’erreur pour qui a déjà composté au jardin.

À proscrire complètement :

  • Viande, poisson, os, charcuterie — putréfaction, odeurs, asticots.
  • Produits laitiers, fromage compris.
  • Matières grasses, huile, sauces, fritures — elles enrobent la matière et asphyxient le milieu.
  • Aliments salés, vinaigrés, épicés — le sel est mortel pour les vers.
  • Plantes traitées, mauvaises herbes en graines, végétaux malades.
  • Litières d’animaux carnivores, chat et chien.
  • Tout ce qui n’est pas organique : plastique, sacs dits biodégradables, autocollants de fruits.

À limiter fortement :

  • Les agrumes — acides, et surtout porteurs de limonène, toxique pour les vers. Une peau de citron de temps en temps ne pose pas de problème ; les épluchures d’un sac d’oranges pressées d’un coup peuvent tuer la population.
  • L’ail, l’échalote, le poireau — mal supportés, en particulier crus et en quantité.
  • L’oignon — moins interdit qu’on ne le lit. Les pelures passent très bien ; ce sont les bulbes crus en quantité qui créent une zone que les vers contournent. La pelure du soir ne pose aucun problème.
  • Les féculents cuits — riz, pâtes, pommes de terre — qui fermentent vite et attirent les moucherons.
  • Les végétaux très fibreux : trognons de chou, branches, tiges de tomate. Ils ne posent aucun problème sanitaire mais mettent des mois.

Une bonne partie de ces matières est parfaitement acceptable dans un composteur de jardin, ce qui crée la confusion. Le verdict par méthode — composteur, lombricomposteur, bokashi — est exactement ce que donne l’outil puis-je composter ça, et la liste générale du compostage classique est dans que mettre dans le compost.

Le carton : le geste que neuf débutants sur dix oublient

C’est de loin la cause la plus fréquente des lombricomposteurs qui tournent mal, et personne n’en parle avant l’achat.

Les déchets de cuisine sont composés à environ 80 % d’eau et sont très azotés. Donnés seuls, ils saturent le bac d’humidité : le milieu se tasse, l’air ne circule plus, l’acidité monte, et les vers remontent aux parois ou tentent de sortir. Le percolat devient abondant et malodorant.

La correction tient en un geste : une poignée de carton brun déchiré à chaque apport, mêlée aux épluchures et non posée dessus. Le carton absorbe l’excès d’eau, crée des vides d’air, et apporte le carbone qui manque.

Ce qui fonctionne, par ordre de préférence :

  1. Carton d’emballage brun, déchiré à la main en morceaux de quelques centimètres. Retirez le ruban adhésif et les étiquettes.
  2. Rouleaux de papier toilette et boîtes d’œufs, qui ont l’avantage d’être déjà à la bonne texture.
  3. Papier non glacé froissé, essuie-tout usagé.

À éviter : papier glacé de magazine, papier thermique de tickets de caisse, carton coloré à l’encre grasse.

Les quantités : le vrai sujet du démarrage

Une installation sur deux échoue dans les six premières semaines, et presque toujours pour la même raison : on nourrit trop, trop tôt.

Les vers viennent de subir un transport, ils doivent s’acclimater à une litière inconnue, et pendant ce temps ils mangent très peu. Si vous remplissez le plateau dès le premier jour, la nourriture fermente avant d’être consommée, le milieu s’acidifie, et la population s’effondre.

Le calendrier réel :

PériodeRythme d’apportRepère
Semaines 1 à 6Une poignée tous les 3 à 4 joursLe précédent apport doit avoir disparu
Mois 2 à 3Un petit saladier deux fois par semaineLa population double environ tous les 2 à 3 mois
À partir du mois 3Environ 500 g de déchets par jour pour 1 kg de versRégime de croisière, 2 à 3 personnes

La règle unique à retenir : n’ajoutez de la nourriture que lorsque la précédente a disparu. Soulevez le tapis d’humidification et regardez. C’est plus fiable que n’importe quel calendrier, parce que la vitesse dépend de la température ambiante — les vers digèrent le mieux entre 15 et 25 °C, et ralentissent nettement en dessous de 15 °C.

Le détail du démarrage étape par étape figure dans le comparatif des lombricomposteurs.

Préparer les déchets : trois gestes qui doublent la vitesse

Couper en morceaux de 2 à 3 cm. Les vers n’ont pas de dents ; ils consomment ce que les bactéries ont ramolli, et les bactéries attaquent par la surface. C’est le même principe que pour un compost classique, en plus marqué encore.

Alterner les zones d’apport. Déposez chaque nouvel apport dans un coin différent du plateau, plutôt qu’au centre. Les vers migrent vers la nourriture ; si tout est au même endroit, une partie du plateau reste inexploitée.

Enfouir légèrement, sous la litière ou sous un morceau de carton humide. Un apport laissé à l’air libre attire les moucherons, et c’est la nuisance la plus fréquente d’un lombricomposteur d’intérieur.

Trois erreurs à éviter au passage. Mixer les déchets produit une bouillie qui se tasse et asphyxie le milieu — si vous le faites, doublez le carton. Congeler puis décongeler les déchets accélère leur ramollissement et casse les cellules, ce qui fonctionne très bien, mais il faut alors les égoutter. Et partir en vacances ne pose aucun problème jusqu’à trois semaines : nourrissez normalement avant de partir et ajoutez une bonne couche de carton humide. Le risque de l’été n’est pas la faim mais la chaleur — déplacez le bac au point le plus frais avant de fermer la maison.

Ce que le contenu change à la récolte

Ce que vous donnez aux vers détermine directement la qualité de ce que vous récolterez.

Un bac nourri de façon variée — épluchures, carton, marc de café, coquilles broyées — produit un lombricompost noir, fin, homogène et sans odeur. Un bac nourri uniquement d’épluchures humides produit une matière compacte, collante et acide, qui demandera plusieurs semaines supplémentaires.

Deux signaux à surveiller en cours de route :

  • Des moucherons en nuage : apports trop sucrés et laissés à découvert. Enfouissez et couvrez.
  • Une odeur aigre ou d’ammoniac : excès de nourriture ou excès d’azote. Arrêtez d’alimenter une semaine et ajoutez du carton.

Quand le plateau du bas est prêt — matière noire et homogène, plus rien de reconnaissable —, il reste à le récolter sans y perdre la moitié de la population : c’est le sujet de récolter le lombricompost au bon moment.

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