Le rapport carbone/azote (C/N) du compost, matière par matière
Tous les guides de compostage citent le rapport C/N, presque aucun ne dit d'où viennent ses chiffres. Les voici avec leur source, et surtout ce qu'ils permettent réellement de faire — ce qui est moins que ce qu'on croit, et plus utile.
Mis à jour le 25 août 2026Notre méthode
Ce que mesure ce chiffre
Le rapport carbone/azote compare deux éléments dont les bactéries du compost ont besoin simultanément. Le carbone leur sert d’énergie, l’azote leur sert à fabriquer leurs protéines. Une matière à C/N 20 contient vingt fois plus de carbone que d’azote.
Le déséquilibre se voit et se sent, dans les deux sens :
- Trop d’azote, c’est-à-dire un rapport inférieur à 20 : le surplus ne peut pas être fixé, il s’évapore en ammoniaque. C’est l’odeur piquante d’un tas gorgé de tonte fraîche, et cet azote perdu ne finira jamais dans votre potager.
- Trop de carbone, nettement au-delà de 40 : les bactéries manquent d’azote pour se multiplier. Le tas ne chauffe pas et ne bouge plus. Un bac rempli de carton seul peut rester intact une année entière.
La cible se situe entre 25 et 40 pour 1 — pour le mélange, jamais pour une matière prise seule. Aucune matière n’a besoin d’être équilibrée à elle seule ; c’est le tas qui doit l’être. En dehors de cette plage idéale, le compostage reste possible jusqu’à 20 d’un côté et 60 de l’autre : il ralentit, il ne s’arrête pas.
Ces valeurs sont celles de l’édition 2022 de l’ouvrage de référence. Et leur évolution est instructive : en trente ans, la fourchette tolérée sur le C/N a doublé — elle allait de 20 à 40 en 1992 — alors que celle sur l’humidité, 40 à 65 %, n’a pas bougé d’un point. Une manière de dire ce que la section suivante développe : le C/N pardonne, l’eau non.
Le tableau
| Matière | Rapport C/N | Apporte |
|---|---|---|
| Viande et poisson | 3 à 5 | Azote |
| Fumier de lapin, poule, cheval | 3 à 50 | Azote · très variable |
| Tonte de gazon | 9 à 25 | Azote |
| Épluchures de légumes | 11 à 19 | Azote |
| Restes de repas salés ou en sauce | 14 à 16 | Azote |
| Foin | 15 à 32 | Azote |
| Marc de café | ≈ 20 | Azote |
| Épluchures de fruits | 20 à 49 | Azote |
| Feuilles mortes | 40 à 80 | Carbone |
| ↑ azote · le mélange vise 25 à 40 · carbone ↓ | ||
| Paille | 48 à 150 | Carbone |
| Branchages broyés | 53 à 600 | Carbone · très variable |
| Papier déchiqueté de destructeur de documents | 127 à 178 | Carbone |
| Sciure et copeaux de bois non traité | 200 à 750 | Carbone |
| Papier journal | 398 à 852 | Carbone |
| Carton brun | ≈ 563 | Carbone |
Ces valeurs sont des fourchettes, pas des constantes. Quand elles sont larges, c’est l’information principale : sous le nom de « branchages broyés » se cachent des tailles de haie fraîches, à 53, et des copeaux secs, au-delà de 500. Le même geste ne donne pas la même matière selon la saison.
Le tableau s’arrête à quinze matières : la source ne couvre ni le sachet de thé ni le bouchon de liège, et nous ne complétons pas au jugé.
Ce que le tableau démontre, et personne ne le dit
Lisez la colonne de gauche du haut vers le bas. Les matières que tout le monde appelle « vertes » sont toutes en dessous de la zone cible, les « brunes » toutes au-dessus. La coupure ne tombe pas par hasard : c’est ce continuum que la règle du brun et du vert résume.
Reste à savoir dans quelle proportion. Et c’est là que le tableau seul ne suffit pas.
Le piège : ce tableau se lit en masses, un compost se remplit en volumes
Le C/N est un rapport de masses sèches. L’appliquer littéralement supposerait de peser vos apports et de les faire sécher au four avant de les mélanger.
Or les deux familles n’ont ni la même densité ni la même teneur en eau. Les matières vertes sont lourdes et gorgées d’eau — une tonte fraîche contient plus de 80 % d’eau. Les matières brunes sont sèches et légères : à volume égal, un seau de feuilles mortes pèse une fraction d’un seau de tonte.
Un volume égal des deux ne donne donc pas du tout un mélange équilibré. Il faut nettement plus de brun que de vert.
L’ouvrage de référence donne la règle du jardin en toutes lettres : trois volumes de brun pour un volume de vert, un rapport qui « donne en général une recette sûre et praticable ». C’est celle que notre calculateur applique. Le tableau C/N n’est pas une méthode alternative : c’est l’explication de celle-là.
Ce qui compte encore plus que le C/N
C’est le point que la référence énonce clairement et qu’aucun guide grand public ne reprend :
Il est généralement préférable d’établir la recette d’abord sur la teneur en eau, puis de l’ajuster si nécessaire pour obtenir un C/N acceptable. […] Les conséquences d’un mauvais C/N sont moins dommageables.
Autrement dit : sur des matières humides — c’est-à-dire un bac de cuisine ordinaire — l’humidité commande, le C/N suit. Un tas trop mouillé chasse l’air, tourne en anaérobie et se met à sentir en quelques jours. Un tas au C/N imparfait, lui, se contente d’être lent.
La cible est de 50 à 60 % d’humidité, et elle se vérifie sans instrument. La même source décrit le geste ainsi : la matière est trop humide si l’on peut exprimer de l’eau d’une poignée serrée, et trop sèche si la poignée ne paraît pas humide au toucher. C’est le test de l’éponge, et c’est le seul contrôle réellement utile au quotidien.
Quand le C/N sert vraiment
Trois situations, et elles sont réelles :
- Un apport massif et inhabituel. Une remorque de sciure, une benne de feuilles, un curage de poulailler : les proportions habituelles ne s’appliquent plus, et connaître l’ordre de grandeur évite de bloquer le tas pour un an.
- Un diagnostic. Une odeur d’ammoniaque signale un rapport tombé sous 20 ; un tas froid et inerte, un rapport passé au-dessus de 50. Le chiffre transforme un symptôme en cause.
- Choisir entre deux matières brunes. C’est l’usage le plus concret. Feuilles mortes et carton sont tous deux « bruns », mais le carton est dix fois plus carboné. Il en faut donc beaucoup moins — et c’est ce que le tableau montre d’un coup d’œil, là où l’étiquette « matière brune » les confond.
D’où viennent ces chiffres
Du On-Farm Composting Handbook (Robert Rynk dir., Cornell University, 1992), annexe A, tableau A.1. Le Cornell Waste Management Institute l’a mis en accès libre : le tableau d’origine se consulte directement ici, et vous pouvez y vérifier chacune des valeurs de cette page.
Les plages recherchées — C/N, humidité — et la règle des trois volumes viennent de l’édition suivante, The Composting Handbook (Academic Press, 2022). Elle publie son propre tableau des matières, un tableur en accès libre qui reprend les valeurs de 1992 sans les modifier et en ajoute d’autres à côté.
Ces deux ouvrages visent le compostage agricole et industriel. Ce qui se transpose à un bac de jardin, ce sont les caractéristiques des matières et la biologie du processus ; les dimensions de tas et les équipements, non.
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Les questions qui reviennent
Entre 25 et 40 pour 1 pour le mélange, et non pour chaque matière prise isolément. Le compostage reste possible de 20 à 60 : en dessous de 20, l'excès d'azote part en ammoniaque et le tas sent ; au-delà de 60, la décomposition ralentit fortement faute d'azote pour nourrir les bactéries. Ces valeurs sont celles de l'édition 2022 du Composting Handbook, dirigé par Robert Rynk, l'ouvrage de référence du domaine.
Non, et personne ne le fait. Le C/N est un rapport de masses sèches : le mesurer supposerait de peser et de sécher chaque apport. La règle des trois volumes de matières brunes pour un volume de matières vertes donne le même résultat avec un seau, et c'est exactement ce que recommande l'ouvrage de référence pour le compostage domestique.
Parce que la plupart recopient sans citer, et parce que le C/N d'une matière varie réellement avec son état. Une taille de haie fraîche est autour de 53, les mêmes branches sèches dépassent 500. Un tableau qui affiche un chiffre unique pour « branchages » masque cette variation, qui est pourtant l'information la plus utile.
Non, et c'est la confusion la plus répandue. La paille est une matière brune franche, entre 48 et 150. Le foin est de l'herbe séchée qui a conservé son azote : entre 15 et 32, soit les valeurs d'une matière verte. Utiliser du foin pour équilibrer des épluchures revient à ajouter de l'azote en croyant faire l'inverse.